Philosophie & Internet


Dans l’île des Humanités, il s’agit avant tout de narrer l’exil obligé d’Axelle. Elle a la quarantaine et désormais, elle fait partie des « exilés ». Ce texte est une projection. Nous sommes en 2020, et ce terme « exilé » a pris un tout autre sens, depuis l’effondrement des états.

La géographie est sans continent, elle est une carte des grandes marques technologiques. Il y a le continent « du grand livre des amis », celui du moteur de recherche « sérénité », celui du « grand magasin du bonheur »… Chacun a défini ses lois, ses ordres, mais tous s’accordent à bannir l’histoire, la littérature, la pensée. Les premières victimes furent les artistes, certains intellectuels. Faut-il se soumettre à l’ordre de la puce ultime ou bien faut-il croire encore en une utopie ? Les exilés sont les résistants d’hier, ceux qui croient encore aux livres, à la poésie, au partage, à la mixité, au droit à l’erreur et à l’oubli. Ils étaient nombreux, mais les camps, les purges organisées ont eu raison de ces rêveurs, de ceux qui aimaient croire en une humanité toujours à bâtir. Aujourd’hui à peine mille sont montés dans ce train qui les conduit dans des villes qu’ils connaissent. Elles seront leurs dernières « îles ». Ces derniers espaces d’humanité, sont-il des lieux bercés d’illusion ?


Nous allons commencer par le plus simple :résumer sans doute la fin de ce qui aura été une très belle expérience. Collaborer à L'Impératif

Pourquoi ? D'abord parce qu'il s'agit de la démonstration flagrante de la fin de l'indépendance des médias. Mais pourquoi les médias devraient-ils être indépendants ? La réponse lapidaire la plus simple serait de vous dire parce que cela nous rendrait tous plus intelligents. Nous serions obligés de sortir des opinions préfabriquées et de la dictature du commentaire ou de la petite phrase du coup de gueule etc. Enfin vous avez raison il est toujours plus facile de dormir.

Reprenons donc. Jacques Flament, un matin, m’appelle et me dit : « Je vais faire une folie, mais ce serait bien, tu vois, un magazine culturel différent. »Ma réponse est que c’est, en effet, une pure folie mais que cela vaut le combat. Il a retroussé ses manches, travaillé double. Et L’Impératif est né. Rien que le titre.

L’Impératif comme une volonté de dire au monde : « Réveillez-vous ! »Tout s’effondre et vos yeux rivés sur vos écrans vous ne voyez donc rien. Mais que se passe-t-il ? Et dans le fond, se passe-t-il quelque chose ? C’est cela que pointe Jacques Flament, il ne se passe rien et pourtant le monde grouille d’initiatives géniales, d’auteurs qui ont de l’audace, etc. Et finalement, quand on a cherché à Paris, dans les kiosques indiqués, où était disposé le magazine, nous n’avions que nos yeux pour pleurer. Qui sous une étagère ? Qui derrière au fond en bas ? Invisible du regard.« Normal » m’a répondu un kiosquier.« Vendre ce truc, ça nous rapporte rien ! »…Là il faudrait vous expliquer le circuit de distribution, où comment si vous vendez tant de magazine du Point, de L’Express ou autre,vous aurez le droit à des compensations particulières (croisière, scooter, etc.). C’est sûr qu’un éditeur indépendant ne peut pas rivaliser surtout quand il s’endette déjà à créer son magazine. Alors avec les feuilles d’automne, cette année, on ramasse la culture, on la met à la poubelle. Elle finira recyclée en assiettes en carton. Ainsi, elle peut retrouver la grande distribution et se fondre dans  la masse.

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Pourquoi changeons-nous de voiture, de destination, de médecins, d’amants, etc. ?Sans doute pour des raisons qui nous semblent nous appartenir, puisque notre comportement nous semble parfaitement imprévisible. Pourtant d’autres l’ont pensé pour vous. Non, je vous rassure, il ne s’agit pas d’un complot ! Il s’agit juste de principe de circularité et de tautisme. Partout des choix s’offrent à nous, cette multitude loin de nous proposer une liberté nous enferme,nous contraint. C’est ce que l’on nomme le paradoxe du choix. Plus il y a d’offres, moins nous sommes libres de choisir. Plus il y a d’informations, plus nous sommes passifs. Comment sortir de ce système ?

La France debout, assise ou en marche…

Tout cela ne signifie rien d’autre qu’un immobilisme cérébral profond. Nous pourrions saluer le fait qu’il s’agit d’une tentative, d’un début de quelque chose. Comme tout début cela n’a pas de forme ou, plus exactement, c’est informe. Et si je vous dis que ceci n’est rien ? En fait j’ajouterai même qu’il s’agit d’un simple prisme médiatique pour donner à penser autre chose que le ça va mieux d’un Président en exercice qui ne sait pas où est sa place. Déjà je vous vois moins rieurs, moins enjoués après ces quelques lignes. Vous soulignerez certainement “mais pourtant des intellectuels reconnus y sont allés”. Ils ont mis des mots,donné un regard sur la situation. Mais revenons aux premiers jours de cette place, d’abord il y a l’association Droit au logement, puis quelques personnes avec des associations du type Paris à 30 kilomètre/heure, des anti-téléphones portables et Momo le vendeur de brochettes.

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En 2000, à la demande de Guy Samama, alors Directeur du Collège International de Philosophie, j'ai mené une enquête sur les liens entre philosophie et Internet. À l'époque la situation de la philosophie était critique, quasiment invisible sur le net. Qu'en est-il aujourd'hui ?

 

In 2000, at the request of Guy Samama, then Directorof the International College of Philosophy, Iinvestigated the relationship between philosophy and the Internet. At that time the situation  for the philosophy was criticalalmost invisible on the net. What about today?
 

En 2000 et encore aujourd'hui, il semble que la philosophie soit un genre périmé. Elle a fait son temps. Elle aurait rendu service, il y a fort longtemps et aujourd'hui elle travaillerait à sa propre disparition. Quelle blague ! Derrière chaque crise, chaque bouleversement, on fait appel à elle, souvent trop tard pour qu'elle invente de nouveaux outils de compréhension des évènements ainsi que des enjeux humains. Si en 2000, Internet semblait être la porte de secours de cette discipline, elle s'est aujourd'hui fondu en son corps virtuel. Elle est partout présente.

 

En 2000 en comptait les portails philosophiques sur les doigts d'une main, ils se regroupaient en quelques catégories simples : université ou institut de recherche, portails scolaires (correction de sujets de bac), de revue ou encore de page personnelles... Aujourd'hui, la sphère philosophique est partout, elle est convoquée à chaque instant, chaque clique donne lieu ou peut donner lieu à une recherche réflexive.

 

La philosophie a traversé et traversera encore une grave crise d'identité. De façon générale on ne sait pas à quoi elle sert, ni à qui. Nous ne savons pas non plus si elle répond à un objet défini ou à un projet sensé. Même si pour le plus grand nombre, la philosophie semble en voie de dissolution. Il est prématuré d'en annoncer la fin. Pourquoi ?

 

Cette dissolution est sans doute une grande force, surtout quand elle s'accompagne d'une compréhension particulière du monde virtuel de l'Internet. Cette sphère sans régle semble avoir besoin des concepts philosophiques. Internet dès 1994 a présenté une nouvelle voie d'expression, de transmission des idées. L'information philosophique a ainsi pu gagner du terrain.

 

L'idée de relier des ordinateurs apparaît au moment où le temps partagé devient une réalité informatique. "Le rêve" philosophique peut ainsi se concrétiser, une idée devient mot (un code binaire) et apparaît à une multitude d'endroits à la fois. La philosophie peut ainsi se jouer de la toile, permettant aux individus de communiquer, d'échanger entre eux et ainsi d'élaborer de nouveaux systèmes de pensées et de communication. La philosophie se renouvèle de plus en plus vite, mettant chercheur et penseur en relation. Internet remet ainsi au goût du jour une pratique ancestrale : celle de la disputatio.

 

  © Sonia Bressler - novembre 2010